01/04/2016

Passeurs: "immenses salopards"

 

Dans les discussions passionnées de nos vingt ans, mon ami Olivier avait l'habitude de conclure l'analyse des turpitudes des grands de ce monde par une sentence définitive : « ce sont des immenses salopards ».

« Immenses salopards », le qualificatif va bien aux passeurs criminels qui s'enrichissent de la détresse des réfugiés en les poussant à risquer leur vie pour traverser la Méditerranée après leur avoir volé leurs dernières économies. Selon une estimation d'Europol publiée au début du mois de mars, les filières mafieuses auraient engrangé de cette façon entre 3 et 6 milliards en 2015. « Immenses salopards ». La cause est entendue.

Tout a été dit, ou presque, sur cet épouvantable trafic. Parviendra-t-on un jour à l'éradiquer. ? L'OTAN est désormais à la manœuvre, mais ne nous faisons pas d'illusions. Depuis trente ans que le nombre des candidats à l'asile va croissant en Europe, tout a déjà été essayé. Placer l'armée à la frontière, construire des barrières de barbelés toujours plus hautes, utiliser les moyens techniques les plus sophistiqués (caméras nocturnes, détecteurs de chaleur, drônes survolant les zones à risque), que sais-je...

Tous ces efforts n'ont eu qu'un seul effet : augmenter les tarifs des passeurs, dont l'activité est toujours plus compliquée et dangereuse. On pourra construire les barrages les plus puissants, on n'empêchera jamais l'eau de couler jusqu'à la mer, ni ceux qui veulent échapper à la violence de tout tenter pour y parvenir.

Lorsque j'ai commencé à travailler dans le domaine de l'asile, les syndicalistes turcs et les militants kurdes qui fuyaient leur pays, après le coup d'Etat militaire de 1980, pouvaient venir en Europe sans visa. Et il leur suffisait de 500 frs pour voyager sur le pont d'un ferry, entre Izmir et Ancône. La femme kurde dont je m'occupe, qui a dû réunir 15'000 euros pour échapper à un crime d'honneur avec ses deux enfants, ne parvient pas à me croire. « Mais pourquoi l'Europe des droits de l'homme a-t-elle fermé ses frontières ? ». Vaste question.

En un an, la fuite désespérée de femmes, d'hommes et d'enfants confrontés à la violence a entraîné, dit-on 2 à 3'000 noyades dans la Méditerranée. Mais plusieurs centaines de milliers de réfugiés ont aussi sauvé leur peau grâce aux passeurs qui les ont conduit en Europe.

Mais alors, si ce trafic d'êtres humain paraît inéluctable face à la fermeture de la « Forteresse Europe », et si les passeurs sont des « immenses salopards », comment faut-il qualifier celles et ceux qui, depuis trente ans, n'ont cessé de démanteler le droit d'asile, et qui s'apprêtent encore à le faire le 5 juin, en approuvant une « réforme Sommaruga » encore plus dure que la « réforme Blocher » de 2006 ? Les mots me manquent.

 

17:54 | Tags : asile, réfugiés, passeurs, réforme sommaruga | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |