14/07/2016

Après la fan zone, inventons l'asile zone

L'Euro de football a vécu, et avec lui la « fan zone »  de la Plaine de Plainpalais. Des supporters de tous pays s'y sont retrouvés pendant quelques semaines dans une ambiance festive, et le maire de Genève, Guillaume Barazzone, relève que l'événement a apporté « de la vie, de la couleur et de l'animation dans la cité ». Dommage de perdre tout cela. Pourquoi pas, après la « fan zone », un « village du monde » à Plainpalais où vivraient une centaine de demandeurs d'asile ? Avec stands de nourriture, musique des cinq contiments et rencontres avec la population, il y aurait de quoi créer « la vie, la couleur et l'animation » recherchées, pour faire pleinement de Genève une ville internationale à la hauteur de sa réputation. Chiche ?

C'est bien connu, l'Etat cherche désespérément des terrains pour y placer des studios mobiles en forme de conteneurs aménagés pour y loger des réfugiés en attendant l'aboutissement de projets plus durables (lien). Mais les discussions en cours prennent du temps et, ces installations nécessitent divers travaux préalables. Sur la plaine de Plainpalais, les connexions eau et électricité existent déjà. Les choses pourraient donc aller très vite. Le conseil municipal a voté le 7 avril une résolution demandant que Genève rejoigne le réseau des « villes refuges », créé suite à un appel da la maire de Barcelone, Ada Colau (lien). Voilà l'occasion de concrétiser cette intention.

Bien sûr, les voisins auront quelques réticences. Mais en comparaison des 10'000 supporters en transe accueillis certains soirs, la présence d'une centaine de réfugiés (cent fois moins) se fera sans problème. Et la Plaine y gagnerait encore en convivialité si on songe à toutes les animations possibles dans ce contexte. Accompagnés par quelques bénévoles, les intéressés y trouveraient de quoi participer à diverses activités à partager avec la population, mêlant salon de thé et cours de langue, atelier de danse africaine et échanges à bâtons rompus. Au coeur de la ville, Plainpalais deviendrait ainsi un lieu d'intégration sans pareille, qui offrirait un pendant bienvenu au quartier des institutions internationales dans lequel les Genevois ne se retrouvent guère.

On trouvera bien sûr mille objections à opposer à cette idée. Mais l'urgence humanitaire vaut bien une réalisation volontariste de ce type. Nécessité fait loi. D'ailleurs la Plaine de Plainpalais en a vu d'autres. Lorsque j'étais enfant, mon grand père me racontait que pendant la dernière guerre mondiale, le plan Wahlen, avait conduit à y cultiver des pommes de terre pour pallier aux restrictions de la guerre. De nos jours, l'accueil de réfugiés est un impératif tout aussi exigeant, qui justifie des solutions non conformistes.

Au plus fort de la guerre dans les Balkans, alors que l'Hospice général se trouvait déjà devant un manque de logements problématique et envisageait même de laisser des réfugiés à la rue, j'avais suggéré d'engager comme coordinateur de l'hébergement un ancien squatter rôdé à la recherche de logements vides. En 1988, Peter Arbenz, délégué du Conseil fédéral aux réfugiés ne s'était pas laissé arrêté par l'absence de locaux adéquats lorsqu'il a fallu ouvrir les premiers centres d'enregistrement fédéraux pour demandeurs d'asile. A Bâle, c'est sur un bâteau amarré au bord du Rhin que les nouveaux arrivants passaient leurs premiers jours. Peut-être même s'était-il inspiré du « Bateau Genève » qui accueille des personnes précarisés dans la rade.

Poursuivons sur cette lancée. Notre conseiller d'Etat Mauro Poggia, qui a su maintenir le dialogue pour éviter la destruction du foyer Frank-Thomas (lien), prouvant ainsi son pragmatisme, y trouvera son avantage. Après la fan zone, créons au coeur de la Genève internationale une asile zone en forme de village du monde, et redonnons ainsi vie à la Genève « cité du Refuge ».

 

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Commentaires

Je trouve c'est idée un peu farfelue. En effet il est surment trop présomptueux de penser que "le village du monde" pourrait être un lieu heureux et conviviale. Je me fais sûrement l'avocat de la peur et de la haine mais je comprendrai facilement la réticence des riverains à voir la plaine transformer "en camps" de réfugiés. Mais je ne permettrais pas de critiquer sans proposer d'alternative. Pourquoi ne pas occuper une partie des nombreux bureaux vide disponible dans notre agglomération ? Faire vivre des etre humains dans des préfabriqués alors qu'il existe des immeuble tout confort disponible est un peu illogique. Après il faut voir la possibilité légale de prendre possetion de ces lieux et si elle n'existe pas la créer.

( pardonnez l'orthographe je ne suis pas francophone )

Écrit par : Nh | 15/07/2016

Magnifique idée!
Pourquoi pas une pétition en ligne, pour y souscrit, avant de la porter aux politiciens concernés?

Merci Yves pour être porteur de ce combat qui continue, que tu tentes de transformer ne projets innovants plutôt que combat! Bravo pour tes initiatives et tes idées lumineuses.

Michèle Gigandet

Écrit par : Michèle Gigandet | 16/07/2016

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