24/06/2016

Accompagner la migration, plutôt que l'entraver

La migration fait peur à tous ceux qui vivent dans des sociétés développées parce qu'elle souligne un déséquilibre dont on sent bien qu'il est injuste et qu'il ne pourra pas durer éternellement. Pourtant, la migration répond aussi à un besoin économique et démographique pour ces mêmes sociétés. Mais comme la peur est mauvaise conseillère, beaucoup voudraient empêcher les migrants de se déplacer. Comme s'il était possible d'empêcher la terre de tourner autour du soleil ! Car dans les faits, toute l'histoire de l'humanité est une histoire de migrations. Et pour les pays du Sud, c'est parfois aussi une façon incontournable d'assurer leur développement. De façon assez étonnante, une grande oeuvre d'entraide comme Helvetas y voit aujourd'hui un nouveau terrain d'action tout à fait original.

C'est dans le dernier numéro de sa revue « Partenaires », que Helvetas, qui tient ce 24 juin 2016 son assemblée générale sur ce thème, pose la question « les organisations de développement doivent-elles aider les personnes qui ont décidé de partir travailler à l'étranger ? » (lien). Là où on imagine que les oeuvres d'entraide ont pour vocation d'aider les pays du Sud à accroître le bien être de leur population en améliorant ses moyens d'existence sur place, ce questionnement étonne. Mais c'est méconnaître le fait qu'aujourd'hui, ce sont souvent les migrants qui envoient à leur famille de quoi vivre, dans des pays qui seraient incapables de nourir leur population sans apport extérieur. Selon la Banque mondiale l'argent envoyé par les migrants est trois fois plus important que l'argent que les pays riches sont prêts à consacrer à la coopération au développement (lien).

C'est ainsi que dans des pays comme le Népal et le Sri Lanka, où l'ONG est particulièrement active, Helvetas en est venue à compléter sa palette d'activités par des projets visant à aider les migrants à partir à l'étranger dans de bonnes cconditions. C'est que la migration, qui focalise les espoirs de toute une jeunesse sans réelles perspectives, est aussi souvent synonyme d'exploitation. D'où l'idée de mettre sur pied une offre de conseils juridiques, de formation et d'information sur les conditions dans les pays de destination. Acquérir quelques connaissances professionnelles peut permettre de trouver un meilleur emploi à l'étranger. Se faire enregistrer et laisser une copie de ses documents avant de partir peut faciliter une intervention en cas de problème et faciliter son retour. S'informer sur les agences de placement et autres intermédiaires auxquels on va s'adresser peut permettre d'éviter les escrocs qui vous promettent la lune avec l'intention de vous transformer en esclave dans le pays visé.

La péninsule arabique est la destination de milliers et de milliers de migrants asiatiques, mais une autorisation de travail ou de séjour y est toujours liée à un employeur précis. S'enfuir en cas de mauvais traitements entraîne la perte de tous ses droits. Parmi les migrants népalais, environ un tiers rencontre de sérieuses difficultés avec leurs employeurs ou avec les agences. Autant se prémunir à l'avance contre certains problèmes. Car la migration est incontournable pour un pays comme le Népal, dont l'apport de ceux qui sont partis travailler à l'extérieur représente près de 30% du produit intérieur brut. C'est sans doute là un record. Mais il explique bien qu'une stratégie de développement ne saurait aujourd'hui faire l'impasse sur le phénomène migratoire.

A un moment où on compte plus de 250 millions de migrants dans le monde (lien), dont plus de 60 millions de personnes déracinées par la violence (lien), il serait temps que la réflexion et l'action s'inspire de l'attitude ouverte et réaliste d'Helvetas. Les économistes ont déjà souvent démontré que l'arrivée de migrants est positive pour l'économie du pays d'accueil. C'est aussi le cas, plus spécifiquement pour l'accueil de réfugiés, qui boostent l'économie, comme le montrait il y a peu dans son blog le journaliste spécialisé Yves Genier (lien). Alors qu'attendons nous, à l'ère de la mondialisation, pour accompagner la migration ? Sur le terrain de l'asile, hélas, loin de favoriser des voies d'entrée légale, toute l'Europe se barricade, et se tire ainsi une balle dans le pied.

 

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