17/06/2016

Journée des réfugiés: "merci d'être venus"

C'est André Chavanne, alors président du Conseil d'Etat, qui avait eu cette formule, lors d'une manifestation contre les renvois en 1985 : « On dit que vous devez partir, mais moi je veux vous dire : merci d'être venus !». Et j'avais vu le regard des réfugiés présents s'illuminer à ce message trop rare. On aimerait voir nos conseillers d'Etat tenir le même discours aujourd'hui. Ce 18 juin c'est la journée des réfugiés. Une belle occasion pour les remercier de nous avoir fait confiance en venant jusqu'à nous. C'est qu'ils nous renvoient ainsi à ce que nous avons de meilleur. Cette tradition humanitaire dont nous sommes fiers, mais qui est aussi régulièrement bafouée, et qu'il nous faut constamment réaffirmer. Par des actes concrets, plutôt que par de simples paroles.

Il y aura, à l'occasion de cette Journée du réfugié, beaucoup de déclarations de principe. On nous dira que « la Suisse accueillera toujours les victimes de persécutions ». Mais les Erythréens, qui fuient les pires sévices, comme le réaffirme un récent rapport des Nations Unies, restent dans le collimateur des partis de droite qui voudraient les voir partir. On nous dira aussi que l'Europe doit assumer ses obligations face à la « crise des migrants ». Mais malgré l'urgence le Conseil fédéral n'a toujours pas honoré sa promesse du 6 mars 2015 d'accueillir un contingent de 3'000 réfugiés Syriens bloqués au Proche-Orient. On nous dira encore qu'il faut encourager l'intégration de ceux qui sont autorisés à rester en Suisse. Mais nombre d'entre eux restent piégés par un statut provisoire qui les empêche d'aller de l'avant, comme le montre de nombreux exemples.

Face aux belles paroles, de nombreuses initiatives citoyennes viennent heureusement faire vivre, par des actes, la part la plus belle de notre tradition humanitaire. La nouvelle « Plateforme-asile » vaudoise en offre un magnifique exemple. Rencontres autour d'un repas, parrainages visant à rompre l'isolement, accueil dans des familles, cours de langues bénévoles, appui scolaire, ateliers culturels (avec à Genève un spectacle à ne pas manquer : « Babel 2.0 »). Tant d'expériences où les échanges de personne à personne sont l'occasion d'un enrichissement personnel exceptionnel (lisez à ce propos le remarquable témoignage publié il y a peu par Le Matin Dimanche).

Oui les réfugiés ont beaucoup à nous apporter si nous faisons l'effort de les approcher. C'est vrai, ils sont parfois des hôtes inconfortables. C'est vrai, ils bousculent nos servces sociaux, en arrivant démunis de tout. Oui, certains basculent dans la dépression ou la délinquence en raison de leurs traumatismes et de l'absence de perspectives. Mais combien d'entre eux nous donnent aussi l'exemple du courage devant les aléas de l'existence. Combien font preuve d'une dignité et d'une volonté imperturbable de se reconstruire après avoir du tout abandonner pour échapper à des situations infernales.

Parce que j'ai eu la chance de cotoyer beaucoup de réfugiés durant mon activité professionnelle, je garde en mémoire des parcours de vie exceptionnels. L'image de femmes et d'hommes qui ont fait la preuve d'une capacité de résilience inouïe plutôt que de désespérer de l'existence. En cette période de crise économique où les richesses sont si mal partagées, de nombreuses personnes, y compris parmi nos compatriotes, sont en butte à mille difficultés. Dans l'existence, chacun de nous est inévitablement confronté à des problèmes de tous ordres. Par leur richesse humaine, leur confiance dans l'avenir et leur refus de se décourager face aux obstacles dressés sur leur route, Bruno, Silvia, Hasan, et tant d'autres, m'ont offert une leçon de vie inoubliable. Apprenons donc à nous inspirer du courage de ceux qui on tout perdu, et qui malgré tout, continuent d'avancer sur leur chemin dans l'espoir de se faire une place parmi nous. Et redisons leur « merci d'être venus » !

 

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Commentaires

Merci d'être venus. Oui, c'est ça : merci à vous tous qui depuis plus de 30 ans m'ont enrichi la vie et celle de ma famille. Vous qui avez accueilli nos enfants chez vous - le Nutella et le pain libanais vont si bien ensemble!
Vous qui nous avez appris votre façon de vivre en partageant avec plein d'enthousiasme la notre. Vous qui m'avez appris à rire face à des situations injustes, dépourvues de sens, cruelles. Vous qui pratiquez vos religions avec un naturel et une grande sérénité : cela vous porte à travers vos épreuves. L'ami africain jeûnait tous les vendredis. Renvoyé à la guerre civile, il est revenu. Sa deuxième demande d'asile était acceptée. Comme lui, beaucoup d'entre vous sont restés en Suisse après maintes épreuves. Vos enfants parlent parfaitement le français, sont médecin, avocat, logopédiste. Beaucoup d'entre vous avez été renvoyés ou transférés dans d'autres pays. Mais vous auriez pu rester, surtout ceux qui sont à nouveau au milieu de la guerre.
Ces jours-ci, arrivent chez nous des jeunes dont leurs parents ont voulu une meilleure vie, étant donné la situation catastrophique dans leur pays. Ils ont fait un long voyage éprouvant sans mère ni père. Ils sont nombreux à vouloir comprendre leur nouveau lieu de vie et apprivoiser le français aussi vite que possible. Il est possible d'héberger un(e) jeune demandeur(se) d'asile qui demande la protection de la Suisse chez soi. Mon mari et moi vivons cette belle expérience depuis l'été passé avec une jeune à qui nous disons un très grand "Merci!" Si cela vous tente de vous lancer dans une aventure pareille, vous pouvez contacter le Service d'autorisation et de surveillance des lieu de placement - SASLP du canton de Genève. tél. 022 546 10 40 , E-mail saslp@etat.ge.ch

Écrit par : Carol Scheller | 19/06/2016

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