21/05/2016

Vote blanc : la part des anges

Dans la confusion politique qui entoure la révision de la loi sur l'asile soumise au vote le 5 juin, le vote blanc est aujourd'hui un refuge pour ceux qui sont tiraillés entre un référendum qui émane de l'UDC et une loi qui multiplie les mesures de durcissement. Le vote blanc ? Celui-ci n'est même pas mentionné dans le texte même de l'arrêté du Conseil fédéral constatant le résultat d'une votation populaire (cf. art. 13 al. 1 LFDP). Seul les votes OUI et NON sont pris en considération. Le vote blanc, c'est un peu comme cette part du volume d'un alcool qui disparaît pendant son vieillissement en fût, et à laquelle on a donné le joli nom de « part des anges ». Un vote qui s'évapore et ne compte pour rien dans le résultat du vote a-t-il un sens dans une démocratie ?

A Genève, deux organisations notables prônent le vote blanc, qui consiste à ne pas répondre à la question posée sur le bulletin de vote. C'est le cas du Parti socialiste, profondément divisé entre ceux qui défendent le droit d'asile et ceux qui défendent leur conseillère fédérale. Une curiosité pour un parti politique, dont la vocation est de prendre clairement position sur les sujets d'actualité. C'est aussi le cas du Centre social protestant, qui s'était pourtant fait une réputation, jusqu'ici, de se battre en première ligne contre les durcissements successifs de la loi sur l'asile. Pour celui-ci, la loi est mauvaise et il le dit catégoriquement. Mais son rejet entrainerait de nouveaux débats législatifs qui iraient encore plus loin dans le démantèlement du droit d'asile.

Croire que l'acceptation de la réforme voulue par Simonetta Sommaruga peut mettre fin à la spirale des durcissements relève clairement de l'angélisme. Depuis 30 ans, toutes les révisions soumises au vote des citoyens ont été acceptées. Et toutes ont aussitôt été suivies de nouveaux projets de révision cherchant à réduire les droits des réfugiés. Pourquoi en irait-il autrement cette fois-ci ? En réalité, la vraie raison de ce vote blanc consiste à ne pas mêler sa voix à celle de l'UDC. Une façon de préserver sa pureté séraphique, là où la vie politique oblige pourtant à trancher dans le vif.

C'est la grande victoire de l'UDC d'avoir ainsi créé un brouillard propice à tous les égarements. Devant ses coups de bouttoirs, les partis de la droite et du centre n'ont eu de cesse de reprendre à leur compte ses propositions en espérant retenir ainsi leurs électeurs. Les nationalistes xénophobes ont injecté dans cette révision quantité de leurs idées : suppression des demandes d'asile dans les ambassades, exclusion de l'asile pour les déserteurs, réduction des droits de procédure et accélération des renvois, etc. Puis, soudainement, l'UDC s'est retournée contre le projet de loi en prenant prétexte qu'on y accorderait des « avocats gratuits » aux demandeurs d'asile.

Une exagération manifeste, tant le système de protection juridique de la nouvelle procédure est ambigü et limité, au point que toute une série d'arrêts du Tribunal administratif fédéral (TAF) en souligne les insuffisances. Mais pour l'UDC, n'importe quel prétexte était bon pour se profiler à nouveau comme le seul défenseur de la patrie, au moment où le spectacle de la « crise des migrants » à la télévision désécurisait une partie de l'opinion publique. Une véritable comédie politique, si on relève que deux mois avant la date du scrutin, l'UDC elle-même a annoncé qu'elle ne mettrait pas un sou dans cette campagne, dont elle sortira gagnante à tous les coups.

La situation des réfugiés, déjà frappés par d'innombrables restrictions n'est pas facile. Que le OUI ou le NON sorte des urnes le 5 juin, elle le sera encore moins à l'avenir. Une seule chose compte dans ce contexte, c'est que la minorité qui reste solidaire des exilés à travers de multiples actions concrètes sur le terrain sache rester mobilisée, quoiqu'il arrive. Et qu'elle réaffirme son opposition à une politique inhumaine en votant NON à la révision. Un vote blanc n'aurait qu'un effet démobilisateur et ressemblerait par trop à un abandon au moment où le droit d'asile se meurt en Méditerranée.

 

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