11/05/2016

Les réfugiés ont besoin de porteurs de soleil

On ne dira jamais assez l'immense précarité qui est celle des demandeurs d'asile dans notre pays. Logés dans des foyers en marge de la société, quand ce n'est pas dans des abris de protection civile (PC) ; empêchés de travailler ; assistés selon un barème inférieur à la moitié du minimum vital accordé aux autres résidents : ils vivent cet accueil comme une déchéance. Avec de surcroît cette angoisse qui les tenaille dans l'attente d'un « courrier de Berne » qui peut faire basculer leur destin d'exilés. Ils ont tout perdu en fuyant la violence qui s'abattait sur eux et leurs traumatismes ne peuvent guérir dans un tel contexte. Pour eux, la survie morale et psychologique tient souvent à un sourire, à une main tendue, à un geste de solidarité venant d'un des ces nombreux militants et bénévoles qui s'ingénient à contrer la politique officielle de dissuasion.

Qu'il s'agisse des voisins d'un abri PC qui s'organisent pour offrir un repas convivial à des requérants qu'on oblige à dormir néons allumés dans le bruit et la promiscuité ; de ces enseignants à la retraite qui décident de donner de leur temps à des enfants en risque de rupture scolaire ; de ceux qui accompagnent l'un ou l'autre aux guichets de l'administration qui les terrorise ; de cette paroisse qui ouvre ses locaux pour héberger, protéger des déboutés d'un risque de renvoi ; de ces familles qui accueillent comme leur fils adoptif un mineur non accompagné ; ou de ces bénévoles qui tentent d'apprendre notre langue à des candidats à l'asile condamnés à un isolement social sidérant : tous contribuent à restaurer ces hommes et ces femmes dans leur dignité et sauvent du même coup notre pays du déshonneur.

« Vous êtes des porteurs de soleil » m'a écrit un jour un inconnu , alors que je présidais la Coordination asile à Genève. C'est un compliment que je m'efforce depuis lors de retransmettre à tous ceux qui agissent concrètement aux cotés des réfugiés, avec ou sans statut. A les percevoir comme des personnes qui leur ressemblent, comme leurs semblables, plutôt que comme des étrangers. Jamais on ne dira assez à quel point cette multitude d'engagements sur le terrain, de personne à personne, peut être vitale pour ceux qui subissent le contrecoup des mesures visant à « réduire l'attractivité de la Suisse ».

L'enjeu de la votation du 5 juin, qui devrait entériner de nouvelles mesures de durcissement, c'est peut-être sur ce plan qu'il se joue. Certaines œuvres d'entraide membres de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) appellent à accepter malgré tout cette loi parce qu'elle leur promet de nouvelles subventions pour mettre en oeuvre une « aide » juridique bien incapable de protéger les requérants face à une machine à renvois décidée à accélérer encore ses cadences. D'autres choisissent de se réfugier dans le vote blanc du seul fait qu'ils se refusent à rejeter cette loi dès lors que l'UDC s'y oppose aussi pour de tout autres motifs. Que vont penser de toutes ces compromissions, de toutes ces démissions, ceux qui s'activent sur le terrain pour préserver un peu d'humanité auprès des demandeurs d'asile ? Comment attendre demain que des bénévoles et des militants continuent de s'engager, si ceux qui devraient être au premier rang des opposants à ces nouveaux durcissements font croire que la loi sur l'asile est désormais favorable aux réfugiés ou pour le moins acceptable ?

Le NON des défenseurs du droit d'asile ne sera pas majoritaire, le 5 juin. Mais il aura au moins cette vertu de dire que dans ce pays où le ciel ne cesse de s'obscurcir pour les réfugiés, il faut que des « porteurs de soleil » se lèvent, lucidement, pour refuser la résignation et s'opposer à cette gangrène xénophobe qui voudrait faire disparaître le mot solidarité de notre vie collective.

 

22:51 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

certes. d'autant plus concernant les vrais réfugiés de guerres civiles.

Le problème est que la majorité ne le sont pas.
Le problème est la crédibilité des offices gérant les demandes des requérants. se pose sur le plan du rapatriement. est que dans les quotas faisant partie les quotas d'accueil de Suisse romande, un nombre important

- sont des migrants ressortissants de pays africains n'ayant pas droit au statut de réfugié / au droit d'asile.. mais ça passe. & ils sont francophones (cherchez l'erreur)

- reçoivent une attention particulière, d'associations et des médias .. serait-ce uniquement du fait de parler un français approximatif? ou parce que ce sont des femmes avec ou sans enfants, et donc vulnérables? ces personnes, vite classées "clientes" par assoces & ONG subventionnées par le contribuable, qui ne l'oublions pas, ont besoin de cette clientèle pour justifier leur existence/demandes de fonds

à moins que vous n'omettiez d'éditer ce commentaire, rappeler que
- la sous-traitance de la filière migratoire, en Suisse, étant UN BUSINESS avant tout.

http://www.lematin.ch/suisse/Le-juteux-business-de-l-asile/story/15469918

Écrit par : divergente | 12/05/2016

En réponse à "divergente" (?!) j'aimerais dire qu'avant de mettre en cause la crédibilité des autres, il faudrait se soucier de la sienne propre. Au premier trimestre 2016, les trois pays d'origine des demandeurs d'asile sont dans l'ordre l'Afghanistan, la Syrie et l'Irak. Rien à voir avec des réfugiés fuyant des guerres civiles ? Les deux suivants dans la statistique sont l'Erythrée (une dictature des plus brutales) et le Sri Lanka (où la minorité tamoule est persécutée). Il y a, bien sûr des requérants mal informés, peut-être même opportunistes, qui se fourvoient dans la procédure d'asile. Mais lorsqu'on constate, comme en 2015, que 79% des demandes sur lesquelles la Suisse entre en matière débouchent sur un statut (asile ou admission provisoire), malgré le durcissement constant de la loi et une pratique très restrictive, force est de ce dire que l'accueil et l'intégration doivent être la règle, plutôt que de pousser ces réfugiés dans une marginalité qui en fait à terme des "invalides sociaux" dépendant de l'assistance... et du business que vous dénoncez (gestion des structures d'ébergement, etc.).

Sur la motivation financière de certaines organisations, force est hélas de constater que c'est pour décrocher des subventions que les oeuvres d'entraide membres de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés soutiennent la révision de la loi sur l'asile, puisque celles-ci recevront le mandat d'assister les nouveaux arrivants sur le plan juridique. Une "assistance" extraordinairement limitée (le requérant ne choisit pas son défenseur, qui n'est pas indépendant des autorités et qui décide lui-même de recourir en cas de décision négative, dans le cadre d'un forfait calculé pour freiner cette activité). Mais cela est un autre sujet.

Écrit par : Yves Brutsch | 12/05/2016

De plus en plus de suisses s'informent sur la situation dramatique des demandeurs d'asile dans notre pays. Les informations de ce blog sont une contribution précieuse pour combler l'ignorance et dépasser l'indifférence. Partout dans les cantons de Genève et Vaud, de petits groupes e simples citoyens s'organisent pour accueillir les nouveaux arrivés, comme le groupe des Parrainages du Point d'Appui à Lausanne (http://www.eglisemigrationvd.com/wpweb/?page_id=985). Allez voir avec vos maisons du quartier et vos églises. Porteurs du soleil, unissez-vous !

Écrit par : Carol Scheller | 12/05/2016

Il ne faut pas oublier de penser (comment, "penser", le faire activement, avec efficacité?) à la peur et à l'angoisse - à comprendre, réaliser "inclure" en soi - de ceux qui ne savent ce que la suite leur réserve en même temps que les frontières se referment... en cas d'obligation de retour en leurs pays d'origine!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 13/05/2016

Les commentaires sont fermés.